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En dehors
des réalités historiques scientifiquement étayées,
il existe un grand nombre de légendes concernant Maguelone :
LÉGENDE
DE SIMON LE LÉPREUX, PREMIER ÉVÊQUE DE MAGUELONE
Simon, après
avoir converti à la religion chrétienne grand nombre de peuples riverains
du Rhône, apporta la bonne nouvelle dans l’île de Maguelone qui renfermait
un temple desservi par des vestales. Sa mission terminée, il se disposait
à passer en Espagne, quand par un dernier effort des divinités païennes expirantes,
le martyre vint couronner sa vie. Les vestales de l'île, poussées par
leur haine contre les apôtres du Christ, le précipitèrent dans l'étang, dont
les eaux profondes n'éteignirent pas l'ardente clarté de l'apôtre, qui reçut
dans le ciel la couronne d'immortalité.
LÉGENDE
DE LA FONDATION DE MONTPELLIER
Le comte de Maguelone, Aigulfe, père de saint Benoit d’Aniane consulte un
jour un talmudiste qui était à la fois son médecin et son familier ; celui-ci
lui montre la nuit au milieu d'un bois, deux arbustes mystérieux qui, d'abord
éloignés l'un de l'autre, se réunirent en un grand arbre aux doubles racines.
Ensuite apparut une jeune fille à deux têtes qui, à leur tour, se transformèrent
en une seule, d'une ravissante et rayonnante beauté. Elle prophétisa, et c'est
à cet endroit que le comte Aigulfe décida de fonder Montpellier.

LÉGENDE DE
LA GROTTE SAINTE MADELEINE
Située à
4,5 km de Maguelone, et à proximité de l'étang de Vic, l'entrée de cette vaste
caverne dominait autrefois, comme un belvédère, cette partie du littoral héraultais.
Remarquable par ses stalactites et par les cristallisations des gouttes d'eau
minérale qui suintent à travers le rocher de la voûte, elle est le terminus
d'une rivière souterraine, dangereuse par ses émanations de gaz. La source
qui l'alimente et qui coule avec un bruit de cascade, d'une caverne supérieure,
aurait pour origine une partie des eaux de la rivière la Mosson. Cette grotte
a été nommée Madeleine, en souvenir de l'amie du Christ, Marie-Madeleine qui
l'aurait choisie pour retraite après son débarquement à Maguelone...
LE ROMAN
DE LA BELLE MAGUELONE
Composé au XIIe
siècle, remanié dit-on par Pétrarque au XIVe siècle lors de son séjour montpelliérain,
récit connu de Cervantès, traduit en espagnol et dans plusieurs autres langues,
il fut imprimé pour la première fois en 1478. L'original du Xlle siècle est
perdu et la version la plus ancienne que l'on en connaisse date de 1453.
Édition gothique de Guillaume le Roy ; Lyon, 1479.
Voici le résumé
de cette histoire, proposé par F. Fabrège :
Un
chevalier débarquait un jour, dans l'île, à l'hôpital Saint-Pierre, construit
pour les malades qui revenaient de Palestine. Son abattement et ses soupirs
trahissaient une affection morale qui réclamait surtout les consolations de
la charité.
Suivant la touchante règle de toutes les maisons religieuses, au Moyen Age,
une soeur vient laver ses pieds et les baiser ; prise aussitôt de compassion,
elle l'invite à lui confier le secret de sa douleur. II raconte alors qu'il
est fils d'un gentilhomme de Provence, qu'un frère avait dépouillé de ses
états. Attiré à la cour du roi de Naples par la renommée de la belle Maguelone,
il avait gagné son coeur par sa bravoure dans les tournois où il ne s'était
fait connaître que sous le nom de chevalier des Clés. Aspirant à sa main et
voulant la soustraire à un odieux rival, il l'enleva pour la conduire chez
ses parents, après lui avoir juré sur les saints Évangiles respect et fidélité.
Ils
marchèrent, le jour, et s'arrêtèrent, le soir, dans un bois, près de la mer;
mais, pendant que la princesse dormait, un oiseau de proie enleva trois anneaux
d'or, que Pierre avait reçus de sa mère et donnés à sa fiancée. Pierre s'en
aperçoit et court après l'oiseau ; l'oiseau vole sur un rocher, dans la mer.
Pierre monte dans une barque sans gouvernail, quand une rafale entraîne la
nacelle en pleine mer. II va donc périr et ne demande à Dieu que de prendre
en pitié celle qu'il a perdue. Hélas ! il subira la double épreuve d'en être
séparé et de ne pas mourir.
Des corsaires allant en Égypte le recueillent pour en faire un esclave. Vendu
au sultan, il gagne ses faveurs et, par ses services, mérite la liberté. Revenu
en Provence, après une longue et pénible traversée, son âme n'est pas moins
souffrante que son corps, car il ignore ce que sont devenus son père, sa mère
et surtout Maguelone, Maguelone, qu'il a tant aimée, qu'il aime plus que jamais,
et qui, sans doute, l'accuse de félonie et d'abandon.
Ce récit
arrache des larmes à la soeur hospitalière, comme si elle eût éprouvé les
mêmes maux, et elle n'interrompt le chevalier que pour soutenir son courage
et faire briller à ses yeux l'espérance qui semblait à jamais évanouie dans
son coeur. " Maguelone, dit-elle enfin, Maguelone vit encore, ainsi que vos
parents. Elle est venue dans cette île et ne pense qu'à vous. Elle n'a jamais
cru à une trahison ni cessé de prévoir votre retour. Elle m'a confié qu'à
son réveil dans la forêt, grandes furent sa surprise et sa honte. N'osant
rentrer à la cour de son père, elle se rendit à Rome où elle habita un hospice
réservé aux pèlerins.
En ayant admiré le bienfait, elle conçut l'idée d'en doter la patrie de Pierre,
et crut lui rester fidèle en se consacrant aux pauvres et aux malheureux,
dans l'attente de son retour, car elle se considère toujours comme sa fiancée.
Si elle était devant vous, ajoute-t-elle en levant son voile, la reconnaîtriez-vous
?
Pierre retrouve alors la belle Maguelone dans la soeur de charité.
Dessins
de Ludwig Richter (1838)

Sarcophage du VIe-VIIe siècle dit "le tombeau de la belle Maguelone"
Les légendes
sont tirées de l'ouvrage de J. B. RIHET-BOISMERY, La prisonnière
des sables ; Arnaud, 1993.

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